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Hausse des effectifs : du travail, des difficultés et des inégalités en plus

Giacomo, professeur de Français dans un collège valdoisien,  énumère le travail supplémentaire généré par les augmentations régulières des effectifs : “plus d’élèves, c’est plus de travail en classe et à la maison. C’est plus d’appel pour contacter les parents, plus de rendez vous… en particulier quand on est professeur principal”.

Une “petite” augmentation dont les effets sur la charge de travail se démultiplient

C’est une tendance d’avoir des classes dont les effectifs augmentent” constate Julie, professeure d’Anglais. “Ne serait-ce que 3 élèves de plus par classe, c’est une charge considérable, sur le temps de correction de copies par exemple” ajoute-t-elle.

Sandra, professeure de SVT, évoque également la difficulté à conduire un enseignement différencié en fonction des niveaux des élèves : “Quand dans une classe de 26, j’ai 3 élèves UPE2A (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants), 2 élèves d’ULIS (unités localisées pour l'inclusion scolaire), 10 élèves en difficulté, 4 très bons élèves… Je vais me retrouver à faire 8 exercices de différenciation, à corriger, un barème impossible à faire… C’est compliqué.”. “J’ai 11 classes, précise-t-elle, si on m’ajoute deux élèves par classe, ça augmente très très vite ma charge de travail”. La possibilité pour les professeurs de mettre en place ou d’expérimenter des pratiques diversifiées, sans en rabattre sur les exigences vis-à-vis des élèves s’éloigne à mesure que les effectifs croissent.


Quand les classes ne sont pas dédoublées “on fait de moins en moins de manipulations

Sur la spécificité de la gestion de classe, les trois professeurs indiquent : plus d’élèves, ce sont des classes plus difficiles à “tenir” et cela implique aussi une préparation différente des cours, pour rendre les activités compatibles avec cette contrainte d’effectif. “En tant que professeure de langue, cela rend la tâche plus difficile pour l’évaluation” explique Julie, qui évoque notamment les évaluations orales : “cela diminue le temps de parole de chaque élève” précise-t-elle.  

Plus on a d’élèves, moins on a de temps pour eux”, abonde Sandra. Elle évoque la difficulté à faire certains exercices ou manipulations en SVT quand les classes ne sont pas dédoublées, parfois même pour des raisons de matériel. Cette difficulté n’est d’ailleurs pas propre à sa discipline et à ses spécificités :  “J’ai un collègue de Français qui me disait que dans les programme, on demande de faire lire les élèves, quand on a une classe à 26, un cours qui dure 55 minutes, si on fait le calcul, un élève va lire moins de 2 minutes par heure de cours en Français” constate l’enseignante.

La rentrée de tous les reculs...

Alors que la rentrée 2018 s’annonce de nouveau avec des reculs en matière d’effectifs, avec plus de 25 000 élèves supplémentaires et une baisse du nombre de professeurs, l’inquiétude est générale. Car, au-delà de la question du temps de travail pour les professeurs, c’est une question de réussite et de réduction des inégalités qui est en jeu. Des  études sur les effectifs comme celles de Piketty ou Valdenaire démontrent qu’une réduction forte de la taille des classes permet de réduire nettement les écarts de résultats entre les élèves de milieux défavorisés et les autres. Une ambition qui, de fait, ne sera pas celle de la rentrée prochaine….